Christane Fénéon, de retour du Brésil, raconte...

01/02/2015 06:38

Des nouvelles du Projet Quatro Varas
Comme chaque fois, j’ai été surprise de voir combien Fortaleza avait changé depuis ma dernière visite en 2009. Les tours à l’américaine se sont multipliées et pas seulement en bordure de plage et au centre ville. Fortaleza est devenue la 5ème ville du Brésil avec 2 500 000 habitants. La circulation (cars, bus, voitures) s’est aussi beaucoup intensifiée et commence à poser problème. De ce fait, les motos ont commencé à remplacer les voitures. Une première ligne de métro est en construction. Bien que la sécheresse sévisse depuis 3 ans à l’intérieur du Ceará,  dans le  sertão, Fortaleza a la chance de ne pas manquer d’eau. 
La favela du Pirambú aussi a changé ! Du reste maintenant, si l’on n’en juge qu’à son aspect extérieur, on peut la considérer en grande partie comme un immense quartier urbanisé, au même titre que bien d’autres à la périphérie de Fortaleza.
En rendant visite aux amis de la favela, j’ai pu constater dans plusieurs maisons, que le sol autrefois en terre battue puis cimenté quelques années plus tard, avait été carrelé depuis 2009. Le niveau de vie en général a augmenté, même à la favela. Les maisons sont plus salubres, les gens en général n’ont plus faim. Par contre, j’ai été surprise et peinée de voir des femmes et des enfants devenir obèses ; ils mangent trop et surtout mal, ayant davantage les moyens d’acheter sucreries, coca cola, et autres produits dont ils ont vu la pub. à la télé… 
Ceci dit, Pirambú demeure une favela stigmatisée à cause de l’insécurité et de la peur que les trafiquants de drogue et les nombreux gangs de jeunes continuent à faire régner. La nouvelle route longeant le bord de mer est enfin ouverte en grande partie, et permet maintenant d’arriver au Projet Quatro Varas sans avoir à traverser la favela. La Mairie de Fortaleza a même accepté qu’un arrêt de bus soit placé juste devant la nouvelle porte d’entrée du Projet donnant sur cette grande avenue. Ce qui permet à toute personne de l’extérieur de pouvoir, de jour, en voiture ou en bus, accéder au Projet.
Le Projet Quatro Varas a connu des moments bien difficiles ces dernières années. L’ancienne municipalité - qui s’était engagée à salarier les acteurs de la Maison de la Santé et du Secrétariat, moyennant que le Projet fournissent les sirops pour les autres Postes de santé de la ville - versait les salaires avec de plus en plus de retard (jusqu’à 3-4 mois de retard) et on ne savait jamais quand. Par ailleurs, sa toiture s’étant effondrée, le laboratoire de la Farmacia viva avait dû cesser de fonctionner durant plusieurs mois. Quelques personnes dont la maîtresse de la Petite Ecole, deux jardiniers, ont donc quitté le Projet pour chercher du travail ailleurs parce qu’il fallait bien manger.
Aujourd’hui, la Farmacia Viva fonctionne à nouveau. Le laboratoire a retrouvé un toit et a été entièrement rénové par la petite entreprise de construction lancée par Davi (celui qui filmait durant les 1ères Journées Européennes). Selma et Luzinete travaillent à plein temps au laboratoire et Bete, qui était la responsable du laboratoire, continue à venir une matinée par semaine pour vérifier les produits, elle-même ayant suivi des cours à la Faculté et obtenu le diplôme de préparatrice. Durant mon séjour, j’ai aidé à étiqueter les 1000 flacons de sirop pour la Mairie de Fortaleza.
Quant au jardin de plantes médicinales, il est magnifique. Cocotiers, hibiscus et autres arbres et arbustes fleuris ont bien poussé. Le Projet Quatro Varas reste bien l’îlot de verdure et de calme de la favela, apprécié également par la gente animale qui, venant de l’on ne sait où !!.. a trouvé refuge là : oiseaux nombreux dont plusieurs colibris,  trois "Soins" (petits singes noirs et blancs) et une iguane. Ils se sont parfaitement adaptés au lieu.
La Maison de la Santé joue bien son rôle. Il y a toujours du monde qui attend en prenant un bain de pieds aux herbes et en papotant avec les voisins. Certaines viennent une heure à l’avance ou reste une heure après quand ce n’est pas jusqu’à l’heure de la fermeture. Sont là, une le matin et une l’après-midi, deux équipes de masseuses aidées chacune d’une personne en cours de formation pour devenir masseuse, qui accueille les gens, informe, prépare et donne une tisane, un bain de pieds, calme les personnes angoissées. Oui, l’accueil des gens en souffrance et réel. Dona Cleinha et Dona Francisca sont toujours fidèles au poste.
Intervient en plus un jour par semaine Cristina, une médecin-psychiatre holistique (pratiquant l’acupuncture, la médecine tibétaine, le Reiki). Enfin Maria, professeur d’esthétique à l’Université Métropolitaine de Fortaleza qui travaille bénévolement au sein du Projet,  a obtenu de sa directrice que 4 de ses élèves viennent en stage à la maison de  la Santé deux matinées par semaine durant deux mois : là, ces jeunes, encadrées par Maria, proposent gratuitement un soin du visage. Bon remède pour aider à la restauration de l’estime de soi… et pour permettre à ces jeunes de découvrir un autre monde proches de chez elles.
Même pendant les mois difficiles, les activités du jeudi ( "prendre soin de soi" le matin et "thérapie communautaire" l’après-midi) ont toujours eu lieu. Mais aujourd’hui, dans ce salon communautaire, a lieu également chaque semaine, un cours de yoga pour apprendre aux gens à se détendre, à lâcher les soucis du moment et un cours de gymnastique douce.
La cuisine de la Maison d’accueil est aujourd’hui une vraie cuisine, bien aménagée, très propre. Cristina d’Emmaüs qui en est la responsable actuelle, apporte beaucoup de soin à préparer de bons repas et le fait vraiment avec amour. Ces repas sont un bon lieu de rencontre entre les acteurs du Projet, les professionnels du poste de Santé, les personnes qui viennent en soin pour la journée le jeudi et gens de passage ou en visite.
Le Poste de Santé était lui aussi en plein travaux de rénovation pendant mon séjour. Il a été inauguré en présence du nouveau Maire le 30 décembre dernier et celui-ci a renouvelé son engagement à soutenir le Projet.
Je dis bien "renouvelé"  car nous avions déjà eu une grande joie début décembre quand le Professeur Sylvio a remis au Secrétariat le papier officiel de la Mairie de Fortaleza, reconnaissant le Projet Quatro Varas comme association d’utilité publique. Ce qui peut laisse à penser que la reconnaissance d’utilité publique par l’Etat du Ceará pourrait être obtenue assez rapidement.
Le professeur Sylvio, ancien collègue d’Adalberto à l’Université, et à la retraite a aussi demandé à travailler bénévolement au sein du Projet. Un autre monsieur à la retraite (dont j’ai oublié le nom) qui a des capacités en informatique a aussi proposé ses services. Double aubaine ! Leur aide pour une meilleure gestion du Projet et les démarches à faire de plus en plus nombreuses et compliquées est précieuse. Les jeunes du Secrétariat qui sont venus à Grenoble en 2013 (Fabiana, Claudio et Rafael) ont eu peur au début que les "intellectuels" prennent leur place. Mais la collaboration se passe bien et ceux-là sont maintenant tout contents d’apprendre avec eux.
Il reste deux points faibles au Projet : la petite Ecole et plus largement l’accueil d’enfants et de jeunes de la favela en situation à risque et le manque d’une personne à demeure au projet pour que la Maison d’accueil  puisse retrouver son rôle.
J’ai eu la joie de rencontrer avec ou par l’intermédiaire de Neves, quatre des anciens du groupe d’Art-Thérapie qui avaient fait les dessins du livre "Du serto à la favela" : Neves, De Assis, Ugo et Juvenal. Ils ont 40 ans maintenant, ont tous du travail, sont pères de famille et m’ont dit chacun à leur manière : « Quelle chance nous avons eu d’avoir le Projet por nous aider ! C’est maintenant que nous le voyons vraiment, maintenant que nos fils sont adolescents. Eux n’ont pas cette chance… quel dommage ! »
Adriana qui avait remplacé Messias pour encadrer le petit groupe de théâtre, est devenue responsable de la petite Ecole. Elle aime les enfants et leur apporte l’attention et l’affection qu’ils n’ont pas toujours à la maison. Mais il est bien plus difficile de travailler avec la vingtaine d’enfants de l’Ecole, durant 3 heures par jour, qu’avec le groupe de théâtre de 8-10 jeunes, durant 1 heure. Elle désire être aidée car elle a bien conscience qu’elle ne sait pas varier ses activités et que les enfants s’agitent, font des bêtises, quand ils ne sont pas intéressés ou inoccupés. C’est vrai qu’elle n’a aucune base pédagogique pour faire un travail structuré avec les enfants et établir une progression dans les apprentissages. Fanny une jeune Suissesse qui a déjà monté des projets à l’étranger, va partir début février, travailler bénévolement au Projet 4 Varas durant 6 mois. Christine de Lausanne et moi l’avons rencontrée le 2 janvier. Nous avons bien partagé notre souci des plus jeunes avec Teresa, présidente du MISMEC, et elle cherche elle-même de son côté comment aider Adriana. Elle est aussi d’accord pour chercher à travailler non seulement avec les enfants mais avec les mamans de ces enfants. Pour avoir parlé également, de ce oint-là avec Adriana, je sais qu’elle aussi porte cette préoccupation.
Teresa porte aussi un autre Projet : rassembler un groupe de jeunes adolescentes enceintes pour les aider à préparer au mieux la venue de leur bébé en leur proposant des séances de sophrologie (Teresa est elle-même sophrologue), en leur faisant préparer une trousse de toilette pour leur enfant etc…
Tant pour la Petite Ecole que pour le groupe d’adolescentes enceintes, il faudra sûrement acheter un minimum de matériel et de matériaux pour mettre en œuvre les projets.

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